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Effet de certains traitements chimiques (SevinXLR Plus, Accell) sur la qualité des fruits et le rendement, chez le pommier McIntosh

 

Résumé
L’application du mélange d’Accell et de SevinXLR Plus a réduit le nombre de fruits de manière comparable à l’éclaircissage à la main. Cette réduction se répercutait sur le rendement total par arbre, puisque les pommiers AS ont donné un rendement comparable à celui d’un des pommiers éclaircis à la main. Le poids des fruits était significativement plus élevé chez les arbres traités avec un mélange des deux agents d’éclaircissage. Les fruits les plus gros ont été obtenus avec l’application du mélange, le poids de ces fruits étant même supérieur à celui des fruits des pommiers éclaircis à la main. Le poids des fruits était significativement plus faible dans le cas des pommiers non éclaircis que dans celui de tous les autres pommiers. Le traitement Accell + Sevin semblait augmenter la fermeté des pommes mesurée au moment de la récolte, mais cette augmentation ne s’est pas révélée significative en 1998. Les résultats de la microscopie électronique par balayage pourraient expliquer en partie cette augmentation de la fermeté. En effet, chez toutes les pommes, on observe deux couches cellulaires distinctes : une couche épidermique compacte et une couche interne parenchymateuse (figure 1). En général, les pommes des arbres éclaircis à la main possédaient la couche épidermique la plus épaisse, suivies à cet égard par les pommes des arbres traités au mélange AS et des arbres traités à l’Accell. La couche épidermique la plus mince a été observée dans le cas des pommiers non éclaircis. Il semble que l'utilisation d'Accell, de SevinXLR ou la combinaison augmentent le poids et la qualité de fruit et la production totale est réduite, toutefois l'effet semble être dépendant de l'environnement.

Introduction
De nombreuses variétés de pommiers peuvent donner une fructification abondante. Il peut en résulter un épuisement de l’arbre ainsi qu’une augmentation du nombre de fruits trop petits pour être intéressants sur le plan commercial. L’épuisement de l’arbre peut aussi affecter le développement des boutons à fruits de l’année suivante et déclencher un cycle de production irrégulière (Hugard, 1987). Il est donc pratique courante d’éliminer une partie des fruits à un stade peu avancé de leur développement, au moyen d’un agent d’éclaircissage chimique (Looney, 1986). Effectué en début de saison, l’éclaircissage a pour effet de réduire le rendement total de l’arbre mais d’augmenter le nombre de fruits commercialisables de catégorie supérieure. L’éclaircissage chimique au moyen du Sevin (carbaryl) s’est révélé utile dans le cas de certaines variétés de pommiers (Jonkers, 1979; Warnier, 1995). Le Sevin a l’avantage de produire un degré d’éclaircissage raisonnablement uniforme pour chaque variété et de laisser une certaine marge de manœuvre quant à la date et au taux d’application (Looney, 1986). Le Sevin peut produire un éclaircissage efficace durant les 4 semaines suivant la chute des pétales, mais on l’applique normalement deux ou trois semaines après la chute des pétales, afin de pouvoir évaluer le début de la fructification et décider s’il y lieu d’éclaircir (Warnier, 1995). L’effet principal du produit est de réduire le nombre de petites pommes et d’augmenter le rendement en pommes plus grosses. Les arbres traités au Sevin ont tendance à produire une plus grande proportion de fruits très gros (calibre « king »). D’autres agents d’éclaircissage, comme l’Accell (6-benzyladénine (BA), Verdan, 6-benzylamino-purine, gibbérellines (GA 4+7)), ont été utilisés commercialement et ont un effet semblable à celui du Sevin. Une des matières actives de l’Accell, la benzyladénine (BA), est un agent d’éclaircissage efficace pour toute une gamme de cultivars (Greene et Miller, 1984; McLaughlin et Greene, 1984), dont le McIntosh (Greene et Autio, 1989). Par ailleurs, certaines combinaisons de produits chimiques ont été mises à l’essai dans l’espoir d’améliorer l’éclaircissage par arrosage. Des combinaisons d’ANA et de carbaryl (Looney et McKellar, 1984), d’ANA et de NAD (Ferré, 1979) ainsi que de NAD et de carbaryl (Wertheim, 1985) ont permis, selon ces auteurs, d’éliminer une plus forte proportion des fruits.
La présente étude vise à comparer les effets du SevinXLR Plus et de l’Accell, seuls ou en combinaison, sur le rendement de pommiers McIntosh de dix ans greffés sur M7 ou M26 ainsi que sur la grosseur et la qualité d’entreposage de leurs pommes.

 
Matériaux et méthodes
Nous avons utilisé un plan expérimental entièrement randomisé, comportant quatre blocs, pour évaluer les effets des divers agents d’éclaircissage. Nous avons employé comme sujets d’expérience 60 pommiers McIntosh généralement uniformes, âgés de dix ans, greffés sur porte-greffes M7 ou M26. La circonférence du greffon, à 25 cm du bourrelet, se situait entre 253 et 259 cm. Chaque unité expérimentale comportait trois pommiers. Nous avons employé deux agents d’éclaircissage chimiques, le SevinXLR Plus (carbaryl) et l’Accell (6-benzyladénine (BA), Verdan, 6-benzylamino-purine, gibbérellines (GA 4+7)), ainsi que deux traitements témoins, « aucun traitement » et « éclaircissage à la main ». Le 9 juin 1997, alors que les fruits avaient atteint le stade du calice, nous avons appliqué de l’Accell à raison de 20g m.a./acre (200 mg/L) (traitement A), du SevinXLR Plus à raison de 2 L/acre (traitement S), ou un mélange de ces deux produits à raison de 10g de m.a. d’Accell et 1 L de Sevin par acre (traitement AS), ou encore éclairci les arbres à la main (M). L’éclaircissage à la main a été effectué lorsque les fruits avaient environ 2,5 cm de diamètre, de manière à laisser un seul fruit par groupe et à obtenir une distance de 17 à 25 cm entre les fruits. Après la récolte, nous avons consigné le rendement total de chaque pommier, puis prélevé au hasard et pesé quinze pommes de chaque parcelle. Nous avons ensuite déterminé la fermeté de leur chair au moyen d’un système électronique d’essai à la pression (Modèle EPT-1, Co). Après les essais de fermeté, nous avons extrait le jus de ces pommes et mesuré leur teneur en solides solubles (SS) au moyen d’un réfractomètre numérique (Abbe Mark II, Co). Les autres pommes ont été entreposées soit pendant 159 jours dans un réfrigérateur à 4 °C, soit pendant 229 jours en atmosphère contrôlée (AC) : obscurité, température de 3,33 °C, 2,5 à 3 % d’oxygène et 2,5 % de CO2 pendant le premier mois, 5 % de CO2 en moyenne pendant l’ensemble de la période d’entreposage. À la fin de ces périodes, nous avons évalué la fermeté des pommes, la teneur du jus en SS et la fréquence des troubles physiologiques, afin de déterminer l’effet de l’entreposage sur ces paramètres.
Pour l’analyse statistique des données, nous avons utilisé le système SAS (SAS Institute Inc., Cary, NC). Pour la détection des différences significatives existant entre les moyennes, nous avons employé le test de comparaisons multiples de Duncan.

Microscopie électronique. Nous avons également examiné des micrographies répétées de fruits de pommiers traités à l’Accell, au SevinXLR Plus ou au mélange AS, ou éclaircis à la main, ou non éclaircis, afin d’évaluer les changements morphologiques dus aux diverses applications de produits chimiques.

Caractéristiques du jus. Nous avons extrait le jus de fruits provenant de pommiers traités chimiquement, éclaircis et non éclaircis, immédiatement après la récolte de 1997, et gardé ce jus congelé pendant 6 mois. Nous en avons ensuite mesuré la teneur en pectine totale, la teneur en en sucres totaux, l’acidité de titration et le pH.

Résultats et discussion
Les effets de l’éclaircissage n’étaient pas évidents après la première année de traitement (tableau 1, 1997). Nous avons observé un certain effet sur le nombre de pommes produites et sur le rendement, mais le poids des fruits n’a pas été touché. Appliqués séparément, l’Accell et le SevinXLR Plus n’ont pas produit une réduction significative du nombre de fruits, par rapport aux pommiers non éclaircis (tableau 1, 1997). Cependant, l’application du mélange d’Accell et de SevinXLR Plus (traitement AS) a réduit le nombre de fruits de manière comparable à l’éclaircissage à la main (tableau 1, 1997). Cette réduction se répercutait sur le rendement total par arbre, puisque les pommiers AS ont donné un rendement comparable à celui d’un des pommiers éclaircis à la main. Dans les deux cas, le rendement a été significativement plus faible que pour chacun des autres traitements, ce qui montre que l’éclaircissage au moyen du mélange AS a été efficace. Le poids moyen des fruits était plus élevé dans le cas des pommiers AS, mais la différence observée à cet égard entre le traitement AS et les autres traitements n’était pas significative sur le plan statistique. Nous avons donc recommandé, dans le cadre d’un rapport antérieur, que des données soient recueillies au cours des années subséquentes (après répétition des traitements chimiques), afin de permettre une meilleure évaluation de l’effet des applications de Sevin et d’Accell sur les fruits des pommiers traités.

En 1998, deuxième année consécutive de traitement, le rendement des pommiers ne variait pas significativement selon qu’ils avaient été traités à l’Accell, au Sevin ou à un mélange de ces produits, ou éclaircis à la main, ou non éclaircis (tableau 1). Le nombre moyen de fruits par pommier allait de 131 (traitement au Sevin) à 166 (aucun éclaircissage), mais les différences n’étaient pas significatives. Cependant, le poids des fruits était significativement plus élevé chez les arbres traités avec un mélange des deux agents d’éclaircissage (tableau 1) : les fruits les plus gros ont été obtenus avec l’application du mélange, le poids de ces fruits étant même supérieur à celui des fruits des pommiers éclaircis à la main. Par ailleurs, le poids des fruits ne variait pas significativement selon que les pommiers avaient été éclaircis à la main ou traités à l’Accell ou au Sevin employés séparément (tableau 1). Les pommiers traités à l’Accell ont produit un grand nombre de petits fruits (faible poids par fruit). Le Sevin semblait donner des résultats semblables au mélange AS, même si nous avons observé, avec ce mélange, un plus grand nombre de fruits par pommier (139 par rapport à 131) ainsi que de plus gros fruits (152 g par rapport à 150 g). Le poids des fruits était significativement plus faible dans le cas des pommiers non éclaircis que dans celui de tous les autres pommiers.

Le traitement Accell + Sevin semblait augmenter la fermeté des pommes mesurée au moment de la récolte, mais cette augmentation ne s’est pas révélée significative en 1998 (tableaux 2 et 6). Cet effet sur la fermeté s’est maintenu chez les pommes entreposées 152 jours à 4 °C (tableau 4) ou 229 jours en AC (tableaux 4 et 5). En 1997, ces différences avaient été prononcées dans le cas des pommes évaluées immédiatement après la récolte ou après 152 jours d’entreposage à 4 °C (tableaux 2 et 3), mais elles ne s’étaient pas révélées significatives dans le celui des pommes entreposées en AC (tableaux 4 et 5). Les résultats de la microscopie électronique par balayage pourraient expliquer en partie cette augmentation de la fermeté. En effet, chez toutes les pommes, on observe deux couches cellulaires distinctes : une couche épidermique compacte et une couche interne parenchymateuse (figure 1). Or, en général, les pommes des arbres éclaircis à la main possédaient la couche épidermique la plus épaisse, suivies à cet égard par les pommes des arbres traités au mélange AS et des arbres traités à l’Accell. La couche épidermique la plus mince a été observée dans le cas des pommiers non éclaircis.

Après la deuxième année de traitement, nous n’avons observé aucune différence significative en ce qui concerne le teneur des pommes en solides solubles. En 1997, cependant, cette teneur était la plus élevée dans le cas des pommiers éclaircis à la main, suivis à cet égard des pommiers AS (tableau 2). Les fruits des pommiers AS affichaient une teneur en solides solubles significativement moins élevée que ceux des pommiers éclaircis à la main, mais cette différence cessait d’être significative après l’entreposage. Après l’entreposage, ces pommes affichaient une augmentation significative (près de 1 %) de leur teneur en SS (tableaux 3 et 4). Immédiatement après la récolte tout comme après entreposage, les fruits des pommiers traités à l’Accell ou au Sevin présentaient une teneur en SS comparable à celle des fruits des pommiers non éclaircis. Ce sont les pommes de ces arbres témoins, de même que les pommes des arbres traités à l’Accell entreposées à 4 °C, qui affichaient la plus faible augmentation de leur teneur en solides solubles (tableaux 2 et 4). Ces observations sont conformes aux publications, puisque Fisher et Kitson (1991) mentionnaient déjà que, dans le cas d’un environnement contrôlé où l’humidité relative est maintenue suffisamment élevée pour prévenir la dessiccation, on peut s’attendre à une diminution graduelle de la teneur en sucres totaux, et donc de la teneur en solides solubles, à cause de la respiration. Or, comme le goût sucré des pommes dépend de leur teneur en solides solubles, les fruits des pommiers AS pourraient plaire davantage au consommateur que les autres pommes. D’autre part, on sait que le goût sur des pommes est associé à leur acidité. Or, selon Fisher et Kitson (1991), le taux d’acidité qui semble le plus acceptable au consommateur se situe entre 0,3 et 0,4 % (gamme moyenne). La McIntosh, avec une acidité moyenne de 0,54 % et une gamme d’acidité de 0,33 à 0,74 %, est donc une pomme à acidité élevée (Fisher et Kitson, 1991). Dans le cadre de notre étude, toutes les pommes, quel que soit le traitement ou l’absence de traitement, présentaient un pourcentage d’acidité élevé (tableaux 2 à 8), ce qui peut être dû aux facteurs écologiques et physiques caractéristiques de la région de culture. Nous avons observé le pourcentage d’acidité le plus élevé dans le cas des pommiers éclaircis à la main ou traités au mélange AS. Comme ce sont ces mêmes pommes qui présentaient la teneur la plus élevée en solides solubles, il se peut que leur acidité élevée soit plus ou moins masquée par le goût sucré lié à l’abondance des sucres solubles.

Autant après entreposage en AC qu’après entreposage en AC suivi de 7 jours d’entreposage à la température de la pièce, les fruits récoltés en 1998 ne présentaient pas de différences significatives de pression, de teneur en solides solubles ni de pourcentage d’acidité selon qu’ils provenaient de pommiers traités chimiquement, éclaircis à la main ou non éclaircis (tableaux 7 et 8) : nous avons constaté une certaine variabilité uniquement dans le cas du pourcentage d’acidité des pommes entreposées en AC (tableau 7). Les fruits des pommiers traités au Sevin semblaient plus acides que ceux des pommiers traités à l’Accell, tandis que les fruits des pommiers traités avec le mélange AS avaient une acidité comparable à ceux des pommiers éclaircis à la main ou non éclaircis.

Certaines pommes présentaient des troubles physiologiques après un entreposage en AC ou après une entreposage en AC suivi de 7 jours d’entreposage à la température de la pièce. Il est difficile de préciser la cause des cas d’affaissement vasculaire et de légère sénescence que nous avons observés. C’est dans le cas des arbres éclaircis à la main que nous avons observé le plus grand nombre de pommes atteintes d’affaissement vasculaire (tableau 9), mais les pommiers non éclaircis ont également produit des pommes présentant certains troubles physiologiques. Ces troubles peuvent avoir été causés par les conditions d’entreposage ou par la manutention.

Caractéristiques du jus. Nous n’avons observé aucune différence significative entre les traitements quant à la teneur en pectine totale, à la teneur en sucres totaux et au pH (tableau 10). L’acidité de titration affichait une certaine variation, le jus provenant des arbres éclaircis à la main étant le plus acide, et celui provenant des arbres traités à l’Accell, le moins acide (tableau 10). Cette variation présente une corrélation avec les pourcentages d’acidité mesurés immédiatement après la récolte de 1997 (tableau 2); les pommes des arbres traités à l’Accell ou au Sevin s’étaient alors révélées les moins acides, et celles des arbres éclaircis à la main, les plus acides.

Bibliographie
Ferré, G. 1979. Contrôle de l’action de deux substances chimiques d’éclaircissage NAD et ANA sur Golden Delicious en fonction des caractéristiques et de la position des inflorescences sur l’arbre. Arboriculture Fruitière 26 (303):27-36.
Fisher, D. V., and J. A. Kitson. 1991. The apple. In Eskin, N. A. M. (ed.), ‘Quality and Preservation of Fruits’. CRC Press Inc., Florida, USA.
Greene , D. W. and W. R. Autio. 1989. Evaluation of benzyladenine as a chemical thinner on ‘McIntosh’ apples. J. Amer. Soc. Hort. Sc. 114:394-400.
Greene, D. W. and P. Miller. 1984. Uses of 6-benzyladenine as a chemical thinner for apples. HortSc. 19:528 (Abstr.)
Hugard, J. 1987. L’éclaircissage des fleurs ou jeunes fruits. L’Arboculture fruitière 395:35-38.
Jonkers, H. 1979. Biennial bearing in apple and pear: a literature survey. Scientia Hort. 11:303-317.
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SAS Institute Inc., SAS Circle Box 8000, Cary, NC 27512-8000.
Warnier, O. 1995. Eclaircissage chimique en pommier (Première partie). Le Fruit Belge 453: 24-28.
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Mise à jour: 04-12-2007